Pourquoi une kiné si complexe ?
La rééducation de l'épaule est un défi pour les kinésithérapeutes car si la douleur traduit toujours un déséquilibre entre des muscles qui tirent et d'autres qui freinent, il est souvent complexe de différencier si le problème vient des muscles qui tirent trop ou des muscles qui ne freinent pas assez. Si le kiné se trompe de cible, la rééducation sera non seulement peu efficace mais surtout contre productive !
Pour comprendre la difficulté de la rééducation de l’épaule, il faut savoir qu’un geste aussi banal que porter la main de sa poche jusqu’à sa tête mobilise près d’une vingtaine de muscles.
Ces muscles doivent se contracter, se relâcher et se coordonner avec une grande précision. Lorsque l’un d’eux ne fonctionne pas correctement, notamment à cause de la douleur, le corps cherche à compenser. Le mouvement peut alors devenir moins fluide, moins efficace ou douloureux.
La principale difficulté de la rééducation consiste donc à identifier le ou les muscles responsables de ce dysfonctionnement.
Le Modèle théorique d'une maison à 3 niveaux
Pour rendre le fonctionnement de l’épaule plus facile à comprendre, nous allons utiliser l’image d’une maison comportant trois niveaux.
Chaque niveau correspond à un ensemble d’os qui bougent les uns par rapport aux autres grâce à des groupes musculaires spécifiques. À mesure que le bras s’élève, de nouveaux os et de nouveaux muscles participent progressivement au mouvement.
De la même manière que chaque étage à sa fonction, au fur et à mesure que le bras s'élève, les os du squelette vont s'articuler entre eux de manière différentes afin de réaliser les mouvements utiles à tel ou tel geste. Le passage à l'étage supérieur engage d'autres os et d'autres muscles.
Ce modèle est volontairement simplifié. Pour faciliter sa compréhension et conserver une cohérence entre les niveaux de la maison, les muscles impliqués et les exercices de rééducation, nous avons attribué une couleur à chacun d’eux.
Le premier niveau : l’articulation glénohumérale (bleu) - LE ROULEMENT
Ce niveau correspond au mouvement entre l’humérus, l’os du bras, et la scapula, également appelée omoplate.
C’est le premier temps de l’élévation du bras, lorsque la main monte depuis la poche jusqu’à hauteur de l’épaule. Durant ce mouvement, la tête de l’humérus roule, pivote et glisse sur la surface articulaire de la scapula, qui reste encore relativement stable.
Pour simplifier, nous retiendrons l’image du roulement.
Le deuxième niveau : l’articulation scapulothoracique (vert) - LE GLISSEMENT
À ce niveau, la scapula glisse, pivote et s’oriente sur la cage thoracique. Ce mouvement prolonge l’élévation du bras et permet à la main de monter au-dessus de la tête.
La scapula reste appliquée contre le thorax tout en se déplaçant autour de lui dans un mouvement globalement circulaire.
Pour simplifier, nous retiendrons l’image du glissement.
Le troisième niveau : le moignon de l’épaule en (orange) - LA BASCULE ANTERIEURE
engage l'omoplate qui va réaliser une bascule vers l'avant agissant un peu à la manière d'une catapulte dont le bras serait le projectile.
À ce niveau, l’humérus, la scapula, la clavicule et la cage thoracique doivent fonctionner ensemble comme les plaques tectoniques qui se poussent les unes les autres.
La scapula adapte finement son orientation autour du thorax afin d’accompagner les mouvements complexes et rapides du bras, notamment lors du passage de l’armé au lancer.
Le mouvement principal concerne l'omoplate qui réalise une véritable bascule vers l’avant et participe à la transmission de l’énergie vers le bras. L’ensemble fonctionne un peu comme une catapulte dont le bras serait le projectile.
Pour simplifier, nous retiendrons l’image de la bascule antérieure.
Le premier niveau : la glénohumérale - ROULEMENT
Pour que le roulement se fasse correctement il faut que la tête de l'humérus soit toujours appuyée au même endroit sur l'omoplate quelque soit position de la main, la vitesse, ou le poids, c'est ce que l'on appelle le recentrage dynamique.
Les muscles les plus importants sont les muscles dit "rotateurs" qui composent la célèbre coiffe des rotateurs auxquels il faut ajouter les "3 grands" à savoir le grand pectoral, le grand dorsal et le grand rond.
C'est à ce niveau que le déséquilibre naturel est le plus marqué car les rotateurs internes sont beaucoup plus puissants que les rotateurs externes.
Le deuxième niveau : la scapulo-thoracique - GLISSEMENT
Pour que le glissement se fasse correctement, il faut que l'omoplate reste plaqué en permanence sur le thorax pour que l'épaule s'appuie sur toujours sur un socle efficace, c'est le verrouillage scapulothoracique.
Il existe 2 groupes musculaires responsables de 2 types de douleurs bien identifiables par les patients. La musculature cervicotrapezienne avec des muscles reliant l'épaule au cou, et la musculature interscapulothoracique avec des muscles plus profonds reliant les 2 omoplates entre eux par l'intermédiaire du rachis.
Le 3ème niveau : le moignon de l'épaule - BASCULE ANTERIEURE
Enfin, le troisième niveau, surement le plus complexe, qui assure la coordination entre le roulement et le glissement qui va permettre à l'omoplate de basculer en avant de la tête de l'humérus.
C'est à ce niveau que se jouera la puissance et la vitesse dans les mouvements de lancer.
Les muscles fonctionnent par couples, le trapèze supérieur et le petit pectoral qui actionnent en se contractant le tilt antérieur, et le grans dentelé associé au petit rond qui vont se relâcher progressivement et contrôler la décélération du mouvement pour que la bascule ne soit pas trop violente.
Du modèle théorique à l'explication de la douleur
Il est impossible de rééduquer une épaule sans avoir identifié si la déprogrammation vient d'un problème de décentrage, de dyskinésie scapulothoracique ou de tilt antérieur.
La moindre perturbation du rythme scapulaire entraîne un dérapage de l'épaule, la plupart du temps vers l'avant ce qui provoque, en réaction, une crampe des muscles de l'omoplate en arrière. Certains seront plus douloureux sur l'avant et le coté en raison de l'inflammation liée au dérapage et d'autres plus douloureux sur l'arrière et le cou en raison des contractures réflexes pour l’empêcher.
"Trouves le frein à main, tu pourras le desserrer et remettre la marche en avant pour avancer dans la rééducation"